23/12/2017

Fuites sur l’espionnage en Russie

Finlande

Plusieurs enquêtes ont été ouvertes après les révélations sur le renseignement

Habituellement, ce sont les tentatives d’espion- nage menées par leur voisin russe à leur égard que les Finlandais ont coutume de découvrir dans leurs journaux. Mais samedi 16 décembre, surprise : le quotidien Helsingin Sanomat publie un article dans lequel il décrit comment le centre de recherche du renseignement des forces armées finlandaises, situé à Tikkakoski, dans le centre du pays, surveille « étroitement les mouvements des forces russes » dans la région de Saint-Pétersbourg.
Le scandale est immédiat, d’autant que les informations, pré- cise le journal, sont tirées de docu- ments classifiés. Ils sont vieux de dix ans, mais leur divulgation pourrait « entraîner de graves con- séquences », s’insurge le président Sauli Niinistö. Au courant de la fuite depuis quelques jours, le mi- nistre de la défense, Jussi Niinistö, annonce qu’une enquête a été lan- cée pour identifier la source.

Furibond, le chef des renseigne- ments des forces armées, Harri Ohra-aho, ose la comparaison avec Soldats inconnus, de l’écrivain Väinö Linna. Ce roman, qui ra- conte la vie de soldats pendant la seconde guerre mondiale, a fait l’objet d’une troisième adaptation au cinéma, sortie fin octobre, qui a déjà été vue par près d’un million de Finlandais. «L’irresponsabilité de l’article », affirme-t-il, a le même effet que «si un soldat criait à ses ennemis de prendre garde, car le sergent Antti Rokkas [le héros] et sa puissance de feu sont là et qu’ils sont accompagnés d’un éclaireur ».

Le rédacteur en chef du Helsingin Sanomat, Esa Mäkinen, défend pour sa part le droit d’informer, alors que la Finlande prépare une réforme du renseignement militaire qui pourrait, selon lui, limiter les libertés individuelles.

Habitués à se trouver en position d’accusés, les Russes n’ont pas tardé à réagir. «Nous ne pouvons bien sûr pas fermer les yeux quand un autre pays rassemble des informations sur notre armée », a déclaré Iouri Chvytkine, le vice-président de la commission de la défense à la Douma.

« Malin plaisir »

Visiblement excédé, Sauli Niinistö a tenté de calmer le jeu, lundi, constatant que « ce genre de choses s’est aussi produit dans le sens inverse ». Selon le président finlandais, l’affaire « ne devrait pas causer trop de dommages » aux relations avec Moscou, même s’il reconnaît que les médias russes semblent tirer « un malin plaisir » à en rapporter les détails.

Le scandale, cependant, a pris une nouvelle tournure dans la journée de lundi, quand la police finlandaise a annoncé qu’elle ouvrait une enquête préliminaire pour « divulgation d’informations sur la sécurité » nationale et que le quotidien a révélé que le domicile d’une de ses journalistes avait fait l’objet d’une perquisition dimanche, dans d’étranges circonstances. Appelés pour un début d’incendie, les pompiers ont découvert que le feu provenait de l’ordinateur de la reporter, qu’elle avait tenté de détruire à coups de marteau. Le Helsingin Sanomat a précisé que le disque dur ne contenait aucune information sur l’enquête.

Comme en écho à l’affaire agitant la Finlande, un tribunal de Moscou a annoncé, mardi 19 décembre, le placement en détention d’un Norvégien soupçonné lui aussi d’espionnage. L’homme serait un retraité qui avait travaillé dans le passé pour une agence gouvernementale norvégienne chargée de veiller au respect de l’accord frontalier entre la Norvège et la Russie. Selon les médias russes, il a été arrêté à Moscou lors d’une opération spéciale des services de sécurité, au moment où il recevait des documents secrets concernant la flotte nationale.